Notice Historique sur la commune d'Acon
par l'abbé LEBEURIER, Archiviste. Annuaire de l'Eure 1862, Archives départementales
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Retranscrit et remanié par Arlette et Michel HEURTAUX
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La commune d'Acon, canton de NONANCOURT, était, avant la révolution, une paroisse du Diocèse d'EVREUX, vicomté de CONCHES et BRETEUIL, élection de CONCHES, généralité d'ALENCON.
Son église est dédiée à Saint Denis.
D'après M.A. LE PREVOST, le nom d'Acon serait d'origine celtique et signifierait une pierre, un rocher.
La dédicace de l'église à Saint Denis nous porte également à croire que sa fondation remonterait à l'époque mérovingienne.
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M. GUERARD rapporte à notre Acon un Bernard de Acon cité comme témoin dans une convention entre Sulpice le Doyen et les religieux de S. PERE au XIIème siècle.
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Un document, s'y rapportant d'une manière certaine, nous montre cette paroisse pleinement constituée à la même époque, c'est la charte par laquelle Simon d'Anet confirme la donation faite par Simon son père, aux religieux du BEC HELLOUIN, de l'église de Saint Denis d'Acon avec le patronage de toute la dîme. Le même Simon d'Anet confirme aussi la donation faite par Raoul de BEROU de la dîme de ses moulins d'Acon.
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Comment Simon d'Anet et Raoul de BEROU avaient-ils eu, l'un le patronage, l'autre les moulins d'Acon, difficile de l'expliquer.
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Toujours est-il qu'en 1242, un représentant de cette dernière famille, Vincent d'Acon, disputait aux religieux du BEC le patronage de l'église. Le procès fut terminé par un accord, le jeudi fête de St Vincent (22 janvier 1242), aux pleines assises de VERNEUIL, présidées par Guernon de Verberie, bailli du Roi, en présence d'un grand nombre de chevaliers et de prêtres. Vincent abandonna tous ses droits moyennant quatre livres tournois que le sacristain du BEC lui paya au nom de l'abbé et du couvent. La notice de cet accord fut rédigée immédiatement et Vincent donna aux religieux une charte de cession scellée de son sceau.
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Toutefois la propriété n'était pas encore assurée à l'abbaye.
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Berthe d'Acon, tante de Vincent, réclamait aussi des droits sur le patronage. Ce second procès se termina, comme le premier, par une renonciation que fit cette dame aux assises de VERNEUIL, le jeudi après la fête de St Aubin (1er mars) de la même année 1242.
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On rédigea une notice et Berthe donna deux chartes de cession, la première n'ayant point sans doute paru suffisante. La seconde en diffère en ce que la tante de Vincent reconnait que les religieux possédaient le patronage anciennement et de bon droit. Il paraît que Raoul de CIERRET, évêque d'EVREUX, s'était interposé pour l'arrangement de l'affaire, car le bailli Guernon de VERBERIE lui en rendit compte par une lettre qui nous a été conservée.
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En 1255, les droits de l'abbaye du BEC furent contestés non plus par les seigneurs, mais par le curé d'Acon. Une sentence du chantre de LISIEUX, subdélégué du chapitre de cette ville, maintint l'abbaye en possession de percevoir les deux tiers de la dîme des fruits croissant dans la paroisse, et le tiers seulement pour les terres placées entre le territoire de BREUX et le chemin d'Acon.
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Un Guillaume d'Acon, prêtre (Guillelmo de Acon presbitero), est témoin de la donation que Hugues de HELLENVILLIERS fit de la dîme de ses bois aux moines du BEC en 1254; et en 1269 un Jean d'Acon (Johannes dictum Acon) est l'un des arbitres choisis par les religieux de BONFORT et les bourgeois de MANTES dans leurs différends pour des droits de péage.
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Au XIVème siècle, Jean d'Acon était seigneur d'Acon et relevait comme tel du seigneur de BREUX, lequel relevait à son tour de l'évêque d'EVREUX en sa baronie de CONDE. Ce Jean d'Acon mourut en 1384, et ses enfants furent mis sous la garde noble de Jean de POMMEREUIL, seigneur de BREUX.
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Un autre Jean d'Acon, peut-être le fils aîné du précédent, prit à ferme, du même Jean de POMMEREUIL, le fief de BREUX avec la partie de la rivière d'Avre qui en dépendait, et remit cette ferme sur quittance en 1399.
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Au XVème siècle, Thibaut d'Acon possédait la seigneurie d'Acon. Le 18 mai 1460 il confirma aux habitants des villages d'ACON, du ROUSSET, du MESNIL-PIPART et des MOULINS, leurs anciens droits d'usage sur la pièce de terre appelée la commune d'ACON, droits dont les titres avaient été perdus pendant les guerres.
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L'acte de confirmation impose aux habitants l'obligation d'entretenir, à leurs frais, un banc pour la dame d'Acon dans l'église de la paroisse. Cet acte fut certifié en 1492.
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Thibaut avait épousé Catherine de BEAUVILLIER, quatrième enfant de Philippe de BEAUVILLIER, seigneur du PLESSIS-MENART, (dit de BEAUVILLIER de MORSENT, de NEUVY, de FRIAIZE, de VILLEMANCY et de BOISGANIERE) et de Gilette de VELLEBRESME. Cette dernière mourut en 1468, et lors du partage de sa succession, le 7 février de la même année, Catherine était veuve de Thibaut d'Acon et remariée à Jean de LODIERES le Jeune.
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Jean d'Acon, fils et successeur de Thibaut, possédait la seigneurie en 1466, lorsque Henri de MAILLOC rendit aveu de son fief du CHASTEL ou de BREUX à l'évêque d'EVREUX. Cet aveu nous apprend que le fief d'Acon, "demi-fief de haubert", se relevait par : "VII livres X tournois de plein relief", et que le seigneur d'Acon devait faire 20 jours de garde au château de CONDE, à la décharge du seigneur de BREUX. Jean d'Acon mourut peu de temps après cette époque.
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Il eut pour successeur Robert d'Acon, son frère, qui figure comme seigneur du lieu en 1469, parmi les nobles placés sous la garde du Roi à cause de leur minorité. Ce même Robert d'Acon, au partage de la succession de Philippe de BEAUVILLIER son aïeul, le 9 octobre 1476, représente Catherine de BEAUVILLIER, sa mère, conjointement avec sa soeur utérine Marguerite de LODIERES.
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Robert reçoit le titre d'escuier, seigneur du lieu et de MALASSIS, dans des lettres de doléancequ'il obtint le 24 avril 1490, contre Guillaume Le Conte, lieutenant, à NONANCOURT. Celui-ci prétendait qu'une pièce de terre possédée par Robert d'Acon était du fief d'ILOU et ressortait à la juridiction de NONANCOURT. Ce dernier soutenait au contraire que la pièce était du domaine de son fief de MALASSIS, et comme telle, de la juridiction temporelle de l'évêque d'EVREUX, à cause de la baronie de CONDE tenue du château de BRETEUIL.
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Il devint, peu de temps après, propriétaire du fief de BREUX, car on le désigne comme seigneur du lieu et de BRUEIL (BREUX) dans de nouvelles lettres de doléance, qu'il obtint en 1497 contre Jehan de TOURNETON, lieutenant du maître des eaux et forêts à NONANCOURT, et qui furent signifiées à sa requête le 11 février 1499.
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C'est vers la fin de la vie de Robert d'Acon, qu'a été construite l'église actuelle, pendant l'administration de Jean BEAUSIRE, qui fut curé près de 35 ans, de 1484 à 1519.
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La nef construite aux frais des habitants, a une étendue qui atteste l'existence d'une nombreuse population. Le choeur, bâti sans doute aux frais des moines du BEC, gros décimateurs et patrons de la paroisse, est orné de larges fenêtres à meneaux de la renaissance. La voute ogivale et le clocher sont en bois.
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L'église fut dédiée et le cimetière béni, le vendredi 30 juin 1514, par Toussaint VARIN, évêque de THESSALONIQUE et dépendant de l'évêque d'EVREUX.
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Nous croyons que cette bénédiction du cimetière eut pour cause son déplacement, amené lui-même par le déplacement de l'église, d'autant plus que l'édifice actuel ne laisse apercevoir aucun fragment plus ancien. Or on sait que nos ancêtres, par respect pour la consécration des anciennes murailles, les conservaient, autant que possible au milieu des nouvelles constructions. Une tradition locale, dont nous ne saurions attester l'exactitude, rapporte que l'église et le village étaient placés autrefois près de l'ancienne ferme de la Corvée.
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En 1518, la seigneurie était passée aux mains de Nicolas d'Acon, seigneur du dit lieu et du BREUIL, fils ainé et principal héritier du précédent. Il confirma le 2 juillet 1518 un échange que Robert, son père, avait fait avec Jehan CECILE dit BRAINVILLE et eut en 1535 un débat de tenure avec Michel DEFOSSEZ, seigneur de la PRESLE. En 1542 il obtint, sous forme d'échange, de Guillaume FORCUIT, prêtre, la moitié des moulins à blé et à foulon avec divers autres héritages.
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Le 8 janvier 1556, Gabriel LE VENEUR, seigneur de BREUX, avait vendu à un nommé Blaise FOREUIL un "sault d'eau" à prendre au-dessous des Planches de BREUX pour y élever un moulin à foulon, mais ce projet n'eut pas de suite, parce que FOREUIL acheta le 5 février, de Louis d'Acon, seigneur du VOISINET, le droit de faire un cours d'eau au-dessus de son propre héritage pour y construire un moulin et arroser ses prés. Nicolas d'Acon y consentit le 17 février 1558, moyennant 10 sous de rente, et à la condition que le moulin ne servirait qu'à fouler les draps ou à la fabrication du tan.
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La nécessité du consentement de Nicolas d'Acon vint sans doute de ce que l'emplacement du moulin avait été choisi sur le territoire de son fief.
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Gilles d'Acon avait succédé à son père avant 1560.
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A cette époque, il réclamait la propriété des biens communaux contre les habitants des villages d'ACON, du ROUSSET, du MESNIL-PIPART et des MOULINS, qui prétendaient qu'elle leur appartenait en vertu de l'acte de 1492. Une sentence du bailliage du temporel de l'évêché d'EVREUX aux assises de CONDE, le 17 février 1560, les mit en demeure de produire cet acte.
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Il paraît que ces mêmes habitants avaient détruit ou négligé d'entretenir dans l'église le banc de la dame d'Acon. Une sentence du bailli de CONDE les condamna, le 7 mars 1560, à placer dans l'église un banc ou siège pour cette dame, et le 5 avril suivant, Gilles d'Acon attesta devant le notaire de TILLIERES qu'ils avaient exécuté convenablement cette sentence.
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On voit encore Gilles d'Acon servir de témoin, le 26 avril 1573, devant les notaires d'EVREUX, pour la vente de la seigneurie de POMMEREUIL à Renée LE VENEUR; mais il mourut en 1585.
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Pendant la vie de Gilles d'Acon, le fief changea de mouvance. Jusque-là il avait relevé, comme nous l'avons vu, des évêques d'EVREUX, par l'intermédiaire du fief de BREUX, tenu lui-même de la baronie de CONDE.
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Mais en 1565 la puissante famille des LE VENEUR obtint l'érection de la baronie de TILLIERES en comté, et pour augmenter l'importance de ce nouveau comté, on lui réunit le fief de BREUX ou du CHASTEL, dont on ôta la mouvance au temporel de l'évêché d'EVREUX occupé alors par Gabriel LE VENEUR.
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A partir de cette époque le fief d'Acon releva du comté de TILLIERES.
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Les deux fils de Gilles d'Acon, Urbain et Jean, prennent tous les deux le titre de seigneur d'Acon.
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Jean, le plus jeune, signa le 11 avril 1585, au manoir seigneurial du BUISSON-GARAMBOURG, près d'EVREUX, un fort singulier marché. Il acheta d'Ambroise de BENCE, seigneur du BUISSON-GARAMBOURG, un cheval courtaut de poil bai et de 5 à 6 ans, pour 600 livres, sous condition de ne les payer que lorsqu'il serait "prestre, mort ou maryé et non autrement, ou bien à la première succession qui lui arrivera de ses parents". François du BUC, seigneur de SAINT GERMAIN DE FRESNEY, lui servit de caution.
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Urbain seigneur d'Acon, figure comme parrain le 30 mars 1644 dans les registres de la paroisse; sa femme était noble demoiselle Madeleine du VAL. Catherine leur fille fut baptisée à Acon le 15 octobre 1617 et eut pour parrain M. de SAINT-MARTZ et pour marraine noble dame Catherine de BASSOMPIERRE, comtesse de TILLIERES.
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Une autre de leurs filles, Suzanne d'Acon, y fut aussi baptisée le 23 mars 1632; mais ils en avaient au moins une troisième, Anne d'Acon, probablement l'aînée, qui survécut à ses soeurs et fut la dernière du nom.
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Celle-ci était veuve de Jacques de CREMEUR, seigneur de GAST, lorsqu'elle épousa le 13 novembre 1642 Louis de TILLY, seigneur de LORLEAU au bailliage de GISORS, fils de Louis de TILLY, seigneur châtelain de BLARU, du PORT-de-VILLERS, JEUFOSSE et VILLEGAST, et de Marie LE PELLETIER de la HOUSSAYE.
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Urbain acheta, le 9 octobre 1643 de Tenneguy LE VENEUR comte de TILLIERES, le droit de prendre de l'eau de la rivière d'Avre du côté de la NORMANDIE, pour arroser ses prés, au moyen d'un ruisseau de 12 pieds de largeur sur 3 de profondeur, l'ouverture commençant au-dessous des Planches de BREUX, à la charge d'ajouter dans son aveu au comte de TILLIERES une paire de gants de chevrotin ou 10 sous tournois payables à la St Rémy de chaque année.
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Par le même acte le comte de TILLIERES lui céda l'emplacement du moulin d'Acon avec le droit de le faire réédifier, et reçut en échange le droit de pêcher dans le bief du moulin à tan du VOISINET, du côté de la France.
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Ce document montre qu'Urbain possédait dès lors le fief du VOISINET (commune de BREUX). Au reste il s'intitule seigneur d'ACON, VOISINETZ et les BRULES dans des actes de 1640, 1646 et 1648. Il rendit aveu du fief d'Acon, le 9 juin 1644, à Tenneguy LE VENEUR, comte de TILLIERES.
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Le manoir seigneurial fut reconstruit, selon toute apparence, pendant la vie d'Urbain d'ACON. Cet édifice en bois et briques, sans beaucoup de caractère, a été remplacé, vers 1837, par un château moderne.
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Louis de TILLY, gendre d'Urbain, y vint habiter avec son beau-père, dès les premiers temps de son mariage. Ses enfants, Pierre, Urbain, Henri et Anne-Judith furent tous baptisés dans l'église d'ACON. Le comte et la comtesse de TILLIERES servirent successivement de parrain et de marraine, témoignant par là des bons rapports qui les unissaient à cette famille.
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Le parrain d'Anne-Judith fut un prêtre de la même famille, Georges d'ACON, prieur d'ILOU et de Notre Dame de TREON, qu'on retrouve assez souvent dans les registres de la paroisse, et qui fut inhumé dans le choeur de l'église le 24 février 1671.
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Nous n'avons pu retrouver l'époque précise de la mort d'Urbain d'ACON; mais elle eut lieu avant le 23 février 1657, car à cette date son gendre, dans un acte de baptême, prend le titre de seigneur d'ACON.
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Magdelaine du VAL, sa femme, lui survécut assez longtemps; elle continua d'habiter ACON et y fut inhumée le 24 février 1674. Elle avait une grande dévotion au Saint Sacrement de l'autel et voulut y consacrer une chapelle dans son château d'ACON.
Henri de MAUPAS, évêque d'EVREUX accorda son autorisation et nomma pour 1er chapelain, le 9 mars 1668, Jacques LE CORNU, prêtre, sur la présentation de la dame d'ACON. Cette chapelle, fort petite d'ailleurs, a subsisté jusqu'à la reconstruction du château par M. le Vicomte de JANZE.
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Louis de TILLY, seigneur de LORLEAU et d'ACON, rendit aveu de ce dernier fief le 4 octobre 1557, et fut inhumé à ACON le 16 avril 1667. Anne sa veuve conserva les seigneuries d'ACON, du VOISINET et des BRULEZ qui venaient de son chef. Elle augmenta de 50 livres de rente la dotation de la chapelle du St Sacrement fondée par sa mère, à condition que la chapelle dirait deux messes de plus par semaine, l'une le vendredi, jour de la mort de son père, et l'autre le jour où elle mourrait elle-même.
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Le 4 février 1674, Anne d'ACON maria son fils, Urbain de TILLY avec Barbe de GUILLON, fille d'Antoine de GUILLON, seigneur de MARMOUSSE, GORNAY et S. BENIN, et de Marie des TRAPES de PRESSY. Les nouveaux époux vinrent habiter le château d'ACON, et Anne vécut encore huit ans après ce mariage. Elle mourut la dernière de son nom et fut inhumée dans l'église St Denis d'ACON le 14 décembre 1679.
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Urbain de TILLY, chevalier seigneur d'ACON, le VOISINET, les BRULEZ, St ELLIER-les-BOIS, les ESPOISSES, etc ..., eut de son mariage avec Barbe de GUILLON dix enfants, tous baptisés à ACON, excepté le dernier.
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Il avait pris du service et est qualifié capitaine de cavalerie, régiment de GRIGNAN, dès 1678 et lieutenant colonel au même régiment, en 1694. On a de lui un aveu rendu le 11 octobre 1685, de son fief d'ACON, plein-fief de haubert, à Henri LE VENEUR, comte de TILLIERES et de CAROUGE. Sa femme fut inhumée à ACON le 26 janvier 1694 et Urbain lui-même le 24 février 1708.
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Henri de TILLY, seigneur d'ACON, le VOISINET, les BRULEZ et autres lieux, fils aîné du précédent, était lieutenant de cavalerie au régiment de GRIGNAN, lorqu'il épousa en 1696, du vivant de son père, damoiselle Marie-Anne-Elisabeth LE BEL de LA BOISSIERE. Il en eut trois enfants baptisés à ACON.
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Ce seigneur d'ACON était premier chambellan du duc d'ORLEANS dès 1707 mais il se qualifie d'ancien chambellan à partir de 1714. Le 29 septembre 1713, il avait rendu aveu de son fief d'ACON à Jacques Tenneguy LE VENEUR, comte de TILLIERES.
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Sa soeur, Barbe de TILLY, épousa dans la chapelle du château, le 9 juin 1716, Mathurin de QUICARNON, chevalier seigneur de MORAINVILLE, le GERIAT, BOULLAYE et MERGENT, fils de feu Mathurin de QUINCARNON et de Madeleine du BOURG.
La noblesse des environs assistait au mariage, et, dans les registres de la paroisse l'acte est suivi d'une page de signatures où on remarque les BARBERY de COURTEILLES, les ACRES de l'AIGLE, les du BOURG, les DOUMENGIN, les POTIN, les KARUEL, etc ...
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Le 14 janvier 1720, Henri maria sa fille Geneviève de TILLY à Louis-René d'ERARD, chevalier de Saint-Louis, seigneur de CHAMBOY premier cornette des chevaux-légers de la reine, maréchal de camp de cavalerie, fils de feu Louis Hierome d'ERARD, chevalier seigneur de REY, conseiller au parlement de NORMANDIE, et de Louise-Marie de ROSNIVINEM, dame de CHAMBOY.
Le mariage fut béni dans l'église paroissiale, au milieu d'une brillante réunion, par Pierre des MARETZ, bachelier de Sorbonne, abbé commanditaire de St Benigne de Dijon et de St Nicolas au Bois, prieur baron de St Ange, prieur de St Germain de BREZOLLES et conseiller né au parlement de Dijon.
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Henri de TILLY et sa femme devaient alors 20.000 livres à Florent BOUTET de GUIGNOUVILLE, Conseiller au parlement.
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Voulant éteindre cette dette, ils empruntèrent 11.000 livres de Claude DAVIGNON, conseiller au bailliage de CHARTRES, pour les joindre à 9.000 livres qu'ils avaient en main. L'emprunt se fit au dernier soixante, c'est à dire par une constitution de rente de 183 livres 6 sous 6 deniers, hypothéquée sur tous leurs biens qui sont ainsi désignés :
"Notamment la terre, fief et seigneurie d'ACON, consistant en château et plusieurs bâtiments, cent cinquante arpents de bois, deux cents arpents de terre labourable, quatre vingt seize arpents de terre en prés, deux arpents de vigne; plus un moulin à eau, avec trois arpents de prés, affermés à Michel de FERT qui en fait sept cents livres de ferme chaque année; plus les fiefs nobles de VOISINET et des BRULEZ auquels il y a haute, moyenne et basse justice et s'étendent sur cinq paroisses.
Ils consistent en ventes, reliefs, rachats et rentes que le dit seigneur d'ACON fait valoir, plus une censive et métairie HEUDEE située sur la coutume de CHATEAUNEUF, bailliage de CHARTRES de cinq cents livres de ferme".
L'acte passé par procureur, devant les notaires de CHARTRES le 27 septembre 1720, fut ratifié le 29 janvier 1721 par Henri de TILLY et sa femme Marie-Anne-Elisabeth, "demeurant ordinairement en leur château d'ACON", en présence de Messire Gilles POTIN, chevalier seigneur des MINIERES.
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Marie-Anne-Elisabeth LE BEL de LA BOISSIERE, dame d'ACON, figure encore dans les registres de la paroisse en 1731, mais elle était morte le 4 octobre 1734, date du mariage de sa fille Marie-Elisabeth de TILLY avec François-Alexandre de GUENET, chevalier seigneur châtelain de LOUYE, MUSY, la RIVIERE, le BOIS et autres lieux, conseiller en la grand chambre du parlement de ROUEN, fils de feu Alexandre de GUENET et de Françoise DESMOULINS de LISLE.
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Le mariage fut béni dans la chapelle du château d'ACON par Messire Paul-Alexandre de GUENET, évêque de SAINT PONS, conseiller du Roi en tous ses conseils et frère de l'époux.
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Henri de TILLY contribua efficacement à la fondation de la CHARITE instituée en 1741, sous le vocable Saint ROCH dans l'église d'ACON. Les habitants de toute la paroisse se rassemblèrent au château et dressèrent, en présence de leur seigneur et de leur curé les statuts de la nouvelle CONFRERIE, pour laquelle on ne paraît pas avoir réclamé l'approbation de l'évêque.
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Cinq ans après, Henri de TILLY mourut en son château d'ACON, et fut inhumé dans le choeur de l'église le 9 avril 1746.
L'acte d'inhumation, outre les titres déjà cités, lui donne celui de chevalier de Saint LAZARE.
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Nous ignorons l'époque précise de la mort de son fils et de celle de son gendre, mais le 28 janvier 1755, un aveu de pièce de terre est rendu à haute et puissante dame Marie-Elisabeth de TILLY, dame d'ACON et des hautes justices du VOISINET et des BRULEZ, veuve de Messire François-Alexandre de GUENET, chevalier seigneur châtelain de LOUYE et de MUZY, seigneur haut justicier de COCHEREL et autres lieux, conseiller du Roi honoraire en la grand chambre du parlement de NORMANDIE.
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Marie-Elisabeth de TILLY figure comme marraine sur les registres de la paroisse le 19 avril 1773, et nous croyons qu'elle vécut jusqu'en 1784. Du moins, le 20 juillet de cette année, les habitants de BREUX firent signifier une requête contre un barrage élevé sur la rivière d'AVRE par le fermier de Madame de GUENET, tandis que la transaction qui intervint le 24 octobre suivant est faite au nom de Henri-François de GUENET, chevalier seigneur d'ACON, ancien officier au régiment des gardes françaises et chevalier de Saint Louis. Ce fut le dernier seigneur d'ACON et, dès le 24 novembre 1790, il n'est plus que le citoyen maire de SENONCHES, propriétaire de la terre d'ACON.
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Le domaine d'ACON vendu par M. de GUENET le 20 mars 1793, après avoir passé par plusieurs mains, a été acheté le 21 octobre 1837 par M. le vicomte de JANZE, d'une noble famille de la BRETAGNE, qui a fait reconstruire le château et embellir cette propriété.
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Liste des curés d'Acon depuis 1460
1460- Jean LARCHER 1612 Jacques LEFEBVRE 1753- RIPAULT 1888-1903 HATTAT
1482- Robert de FOUE 1626 Toussaint LEFEBVRE 1765- TALBOT 1903-1904 MATHE
1482- Jean de GREMPS 1636 Jacques LEFEBVRE 1790- PIERRE 1904-1918 RAULT
avant 1484 Jean FOULON 1651 Regnaud du VIVIER 1804-1807 GAULIER 1919-1920 MARIN (TILLIERES
1484- Jean BEAUSIRE 1653 Charles CARLERON 1807-1809 de la FLECHE 1921-1927 MONTITON (HELLENVILLIERS)
1519- Pierre REGNAULD 1654 Jérôme LALEAU 1809-1811 FRANCHET 1928- MARIN (TILLIERES)
1526- Robert CONVENANT 1670 Jacques LE CORNU 1811-1814 GIRARD 1929-1930 FONTAINE (NONANCOURT)
avant 1539 Olivier CONSEIL 1680 Pierre SIMON 1814-1815 MARCADET 1931- HERVE (NONANCOURT)
avant 1564 Raoul LE DANOIS 1686 Robert BINET 1815-1820 FORTIN 1932-1948 BRIAND
1565- Nicolas LAURENT 1696 Noël LE MARECHAL   MARION 1949-1950 BELAN (HELLENVILLIERS)
1579- Pierre LE BLANC 1701 LE MESNAGER 1826-1828 PHILIPPI 1951-1952 BENDELE (NONANCOURT)
1581- Robert MOTTEY 1702 Noël LE HOULT 1828-1838 TRANCON 1953-1954 CASTETS (NONANCOURT)
1581- Robert LERMINYER 1718 Jean d'HAUTETERRE 1838-1848 DUFOUR 1955-1957 BLANCKAERT (NONANCOURT)
1584- Jean ALTON 1722 Guillaume LE TISSIER 1848- PERCY 1958-1959 OLIVIER (NONANCOURT)
1584- Guillaume HALLOTEL 1724 Nicolas BRETIGNIERE 1848-1849 HUE 1960-1961 GOUEL (NONANCOURT)
1587- Jean HAMFRAY 1737 J. BOURGEOIS 1849-1867 MAILLARD 1962-1964 DOFFAGNE (NONANCOURT)
1588- Louis MULLET 1738 Ambroise MILON 1867-1875 LETELLIER 1965- MORVILLEZ (NONANCOURT)
1601- Alexandre OLIVIER 1740 Claude BRISON 1876- COUSIN    
1609- Blaise REBUFFET 1746 LEFRANC 1877-1884 N...    
1612- Benoit LE GOURME 1748 Charles LOZOULT 1885-1888 ANQUETIN    
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Fief d'ACON
Il était situé à l'endroit même où s'élève le château moderne, à l'extrémité d'un coteau qui s'avance en forme de promontoire et domine la charmante vallée de l'AVRE.
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ACON était un demi-fief de haubert, ayant droit de colombier à pied et relevant du fief de BREUX. Celui-ci relevait avant 1565 de l'évêque d'EVREUX en sa baronie de CONDE, et depuis 1565 du comté de TILLIERES.
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L'aveu rendu en 1708 par le comte de TILLIERES mentionne encore ACON comme un demi-fief; quoique les seigneurs d'ACON, dans l'aveu de 1644 et dans les aveux suivants, le présentent comme un plein fief de haubert.
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Justice
Le fief n'avait que la basse et la moyenne justice qui s'exerçaient par un sénéchal. Les causes supérieures étaient portées devant le bailli de l'évêque de CONDE, et, par appel, à la vicomté de BRETEUIL.
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Domaine
Il sortait peu de la paroisse d'ACON, et n'avait d'extension que sur celle de PENLATTE. Le domaine non fieffé, d'après l'aveu de 1644, était de 180 arpents de bois, 200 arpents de terres labourables, 80 de prés et 6 de vignes.
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Ces 6 arpents de vigne existaient encore en 1685, mais il n'y en a plus que deux et demi en 1713 et deux seulement en 1721.
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Moulin et Rivière
Le moulin d'ACON appartenait avant 1643 au seigneur de BREUX, qui le vendit à Urbain d'ACON, par contrat du 9 octobre de cette même année. Il était affermé 700 livres en 1721, et d'après l'aveu de 1657 et les suivants, il avait droit de banalité sur tous les hommes du fief "en cas de recéance", et droit de verte moute "en cas de non recéance".
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Les aveux attribuent au seigneur la propriété de la rivière d'AVRE, depuis le fief de BREUX jusqu'à celui de DAMPIERRE.
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Droits Seigneuriaux
Ils n'offrent rien de particulier. Les aveux expriment le droit de préséance à l'église, et celui d'une ceinture funèbre en dehors et en dedans de cet édifice.
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Biens communaux
Ces biens d'une contenance de 63 hectares, aujourd'hui en bruyères, étaient primitivement couverts de bois.
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Un mémorial de 1402 mentionne une sentence donnée aux plaids de la seigneurie, contre un habitant qui avait "pelé et vendu lescorce des bois du commun".
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Le droit d'y faire paître les bestiaux et d'y couper du bois pour brûler, et pour bâtir sur le territoire du fief, avait été concédé par les seigneurs aux habitants des quatre villages d'ACON, du ROUSSET, du MESNIL-PIPARD et des MOULINS.
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Cette concession fut renouvelée en 1460.
Liste des seigneurs d'ACON
XIIème siècle Simon d'Anet 1560- Gilles d'ACON, fils du précédent
--------" Simon d'Anet, fils du précédent 1585-1648 Urbain d'ACON, fils du précédent
1242- Vincent d'ACON 1657-1667 Louis de TILLY, gendre du précédent
Avant 1384 Jean d'ACON 1667-1679 Anne d'ACON, veuve du précédent
1399- Jean d'ACON 1679-1708 Urbain de TILLY, fils du précédent
1460- Thibaut d'ACON 1708-1746 Henri de TILLY, fils du précédent
1466- Jean d'ACON, fils du précédent 1746- François-Alexandre de GUENET, gendre du précédent
1469-1499 Robert d'ACON, fils du précédent 1773-1784 Marie-Elisabeth de TILLY, veuve du précédent
1518-1558 Nicolas d'ACON, fils du précédent 1784-1790 Henri-François de GUENET, fils du précédent
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Armoiries de la famille TILLY : "d'Or à la fleur de lys de gueules". Les armoiries de la famille d'ACON nous sont inconnues.
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Fief des BRULES
Aucun titre ne nous a fait connaître la situation exacte de ce fief, qu'il est naturel de placer au hameau qui porte encore aujourd'hui le nom des BRULES, sur la rive droite de l'AVRE.
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Une quittance du 24 mars 1552 mentionne l'achat, que venait de faire Louis d'ACON, "de la terre et seigneurie de VOISYNET et BRULETZ", tenue de la chatellenie de BREZOLLES.
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Cette manière de parler qu'on retrouve dans les titres subséquents paraît indiquer que la haute justice de VOISINETS se composait de deux fiefs qui auraient eu précédemment une existence distincte.
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C'est par ce motif que nous mentionnons le fief des BRULES sur le territoire d'ACON. On trouvera ce qui concerne ce fief dans l'article du VOISINET, commune de BREUX.
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Fief de MALASSIS
Sa situation nous est inconnue; mais d'après un plan des bruyères d'ACON et d'ILOU dressé en 1751, "les terres et bois du fief de MALASSIS" étaient situés à l'est du MESNIL-PIPARD et bornés au sud par les bruyères d'ACON dont ils étaient séparés par le chemin du MESNIL-PIPARD à GODENEVAL.
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Robert d'ACON reçoit le titre de seigneur de MALASSIS dans un acte de 1490 que nous avons cité.
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Mais comme c'est le seul auquel nous ayons vu donner ce titre, il est possible que MALASSIS n'ait été qu'une aînesse, ou un fief réuni à celui d'ACON et confondu avec ce dernier peu de temps après 1490.
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En tout cas, MALASSIS aurait, d'après le même acte, relevé de la baronie de CONDE.
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Monuments
Il n'y en a pas d'autres que l'église dont nous avons parlé à la date de sa consécration en 1514.
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Hameaux d'ACON
Les BRULES, la CORVEE, HEUDEZ, le MESNIL-PIPARD, le MOULIN, les PLANCHES, le ROUSSET.
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TRIEGES (cantons de bois)
l'Attouche-Piant la Côte-des-Laris les Glands les Petits-Fonceaux
la Baste la Côte-du-Voisinet la Grande-Mare Pizot
Bellevue les Demaines les Grands-Fonceaux les Prés-d'Acon
le Bois-de-la-Mariette le Dézert le Haut-des-Masures les Princes
Brieux l'Etoquet le Haut-du-Bois-de-la-Mariette Servray
les Canaux le Fond-du-Val Malassis les Vallées
les Champs-des-Vignes la Fosse-à-Régnier la Mare-aux-Dorlot les Vieux-Brulés
les Champs-du-Puit la Fosse-Diard la Mare-des-Champs  
les Champs-Pieux les Friches-Communales-du-Mesnil le Parc-d'Acon  
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Liste des Maires d'Acon
1790-1792 Nicolas FOUCHET 1869-1870 René DAGONET 1927-1929 HENRY
1792-1808 Oudart-Marie HUSSON 1870-1876 Armand PETIT 1929-1945 CIRASSE
1808-1813 SEUGE 1876-1876 E. PAIRIERE 1945-1953 FUMOUX
1813-1816 BRETIGNIERE 1876-1879 BOQUIN 1953-1960 Maxime DARASSE
1816-1817 Jean LE VIEUX 1884-1890 BARROIS 1960-1965 PONDRUEL
1817-1832 Pierre LEBREC 1890-1898 COLOMBEL 1965-1977 Jean DELPORTE
1832-1837 Oudart-Marie HUSSON 1898-1914 HERON 1977-1982 Liliane MERIEL-BUSSY
1837-1843 Jean BARROIS 1914-1919 HENRY 1983-1989 Jean RAFFEGEAU
1843-1860 Théodore LE PAGE 1919-1921 PERROT 1989- Liliane MERIEL-BUSSY
1860-1862 René DAGONET 1921-1925 HUET    
1862-1869 Théodore LE PAGE 1925-1927 THUILLIER    
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